Texte 1 Oliver Twist Charles Dickens
Entraîné par son compagnon, Oliver parvint tant bien que mal à gravir dans l'obscurité les marches d'un escalier en ruines. Son guide ouvrit la porte d'une pièce donnant sur l'arrière de la maison, y introduisit Oliver.
Les murs et le plafond étaient parfaitement noirs de crasse et de vieillesse. Il y avait une table de bois blanc et, dessus, une chandelle plantée dans une bouteille, trois pots en étain, du pain, du beurre, une assiette. Dans une poêle posée sur le feu, et dont la queue était attachée avec une ficelle au manteau de la cheminée, des saucisses cuisaient. Penché sur elles, une longue fourchette à la main, se tenait un vieillard fripé et ridé dont les traits repoussants de vieux scélérat disparaissaient sous une masse de poils et de cheveux roux emmêlés.
Il était vêtu d'une robe de chambre graisseuse et semblait partager son attention entre la poêle et un séchoir où étaient étendus un grand nombre de mouchoirs de soie.
Plusieurs lits grossiers faits de sacs de pomme de terre étaient alignés côte à côte sur le plancher.
Texte 2 Les Misérables Victor Hugo
A côté de Cosette, l'eau agitée dans le seau faisait des cercles qui ressemblaient à des serpents de feu blanc.
Au-dessus de sa tête, le ciel était couvert de vastes nuages noirs qui étaient comme des pans de fumée.
Jupiter se couchait dans les profondeurs.
L'enfant regardait d'un oeil égaré cette grosse étoile qu'elle ne connaissait pas et qui lui faisait peur. La planète, en effet, était en ce moment très près de l'horizon et traversait une épaisse couche de brume qui lui donnait une rougeur horrible. La brume, lugubrement empourprée, élargissait l'astre. On eût dit une plaie lumineuse.
Un vent froid soufflait de la plaine. Le bois était ténébreux, sans aucun froissement de feuilles, sans aucune de ces vagues et fraîches lueurs de l'été. De grands branchages s'y dressaient affreusement. Des buissons chétifs et difformes sifflaient dans les clairières. Les hautes herbes fourmillaient sous la bise comme des anguilles. Les ronces se tordaient comme de longs bras armés de griffes cherchant à prendre des proies. De tous les côtés il y avait des étendues lugubres.
Texte 3 Le marché aux légumes Émile Zola
Au carrefour de la rue des Halles, les choux faisaient des montagnes : les énormes choux blancs, serrés et durs comme des boulets de métal pâle ; les choux frisés dont les grandes feuilles ressemblaient à des vasques de bronze ; les choux rouges que l'aube changeait en floraisons superbes. À l'autre bout, au carrefour de la pointe Saint-Eustache, l'ouverture de la rue Rambuteau était barrée par une barricade de potirons orangés, sur deux rangs. Et le vernis mordoré d'un panier d'oignons, le rouge saignant d'un tas de tomates, l'effacement jaunâtre d'un lot de concombres, le violet sombre d'une grappe d'aubergines, ça et là s'allumaient ; pendant que de gros radis noirs, étaient rangés en nappes de deuil.
Texte 4 L'enfant et la rivière Henri Bosco
Là s'alignaient d'antiques malles cloutées de cuivre et revêtues de poils de chèvre. Des malles centenaires. Elles étaient remplies de vieux habits : jaquettes à fleurs, gilets de satin, dentelles jaunies, broderies, escarpins à boucles d'argent, bottes vernies. Et quelles robes ! Toutes soies roses, côtes lamées, paillettes d'or, rubans puce, feu, pourpres ! Couleurs fanées, sans doute, et qui sentaient le vieux, mais de quel charme ! Car tout cela fleurait encore la lavande et la pomme reinette. J'en raffolais. Et ce n'étaient pas les seules merveilles ! De vénérables portraits de famille pendaient à un clou. Dans un coin s'empilait de la vaisselle peinte. Deux chandeliers d'argent reposaient sur un coffre d'ébène. Des livres reliés de cuir gisaient sur le plancher parmi un monceau de papiers jaunis, où nichaient les rats...